20-11-2017
dans Exprime

Le féminisme en couleur



Récemment, j’ai eu le privilège de m’entretenir avec la talentueuse et ô combien perspicace Patricia Méthot. Je dois dire que sa personnalité m’interpellait beaucoup, mais aussi sa façon d’aborder le féminisme avec originalité, grâce à son bébé, sa création : La Pimbêche.

Par sa façon réfléchie et profonde de décortiquer un sujet qui est encore tabou à ce jour ou perçu comme lourd, elle démystifie les stéréotypes les plus fréquents de notre société sans pour autant mépriser quiconque. Mon entretien avec elle m’a permis de mieux comprendre l’impact des mots et des expressions utilisés. Patricia pousse plus loin que le féminisme en soi. Elle aborde surtout l’inégalité des genres et l’émancipation sexuelle en insistant sur le fait qu’il n’est en aucun cas question d’écraser l’homme pour faire rayonner la femme. Ce qui prend malheureusement trop de place dans notre société, c’est qu’on se penche presqu’uniquement sur la question de l’enveloppe corporelle. Par conséquent, on laisse peu de place à la reconnaissance du contenu de la personne elle-même. Étant moi-même féministe et militante contre les inégalités sociales, je crois que la vision de Patricia pourra vous aider à mieux comprendre ce mouvement avec légèreté et humour.

D’abord, c’est quoi LA PIMBÊCHE?

Patricia Méthot: La pimbêche se penche sur des sujets en lien avec l’inégalité des genres pour transmettre sa réflexion sur l’émancipation de la sexualité de la femme et le rejet des normes. Les pièces sont présentées dans un esprit humoristique, parfois sarcastique, parfois provocateur. Mes revendications anticonformistes m’amènent à explorer un nouveau format artistique : le losange. La série féministe de La pimbêche représente des idées issues de réels moments personnels et politiques.

Pour toi, qu’est-ce que le féminisme de nos jours?

P. M. : Pour moi, le féminisme d’aujourd’hui, c’est de se questionner et de militer pour l’égalité des genres. C’est de comprendre que malgré notre sexe, nous pouvons réaliser tous nos rêves et nos passions. C’est de ne pas se limiter à cause de son genre ou de son sexe. Bref, de notre enveloppe corporelle. C’est d’arrêter la catégorisation des genres et les propos stéréotypés. C’est de ne pas dire «parce que je suis une fille» ou «parce c’est un garçon». C’est de comprendre que la seule différence entre les genres c’est la physionomie. C’est de comprendre que nos capacités ne sont pas déterminées par notre genre et que tous nos désirs, émotions, envies, passions, particularités, attirances sont à 100% reliés à notre personne et non à notre sexe.

Le féminisme aujourd’hui, c’est d’inclure les hommes, de les encourager à ne pas se limiter en raison de la pression sociale qui dit «que les hommes doivent être forts, virils et sans émotion» – telles que les expressions anglophones «Man up» ou «Be a man». Tout comme la femme, on ne devrait pas catégoriser les hommes par des stéréotypes préconçus caractérisant leurs façons de penser, de se sentir et d’agir.

Avec tes créations colorées, tu abordes le féminisme avec un brin de sarcasme et d’ironie. Pourquoi?

P. M. : Je voulais explorer l’art activiste contemporain, qui m’a amenée à me poser sur le féminisme d’aujourd’hui. J’ai ensuite trouvé que ce sujet était relativement lourd et malheureusement perçu comme étant très émotionnel, voire même négatif.

J’ai donc décidé d’aborder ce sujet de manière humoristique et traiter les œuvres avec une approche sarcastique. Les couleurs vives et les slogans au deuxième degré semblent alléger le sujet, tout en ayant un impact concret. Les œuvres font sourire, tout en passant un message important.

Est-ce que le féminisme inclut tous les genres? Si oui, pourquoi?

P. M. : Absolument, le féminisme, en autres mots, c’est l’égalité des genres. Certains préfèrent le mot «égalitarisme». Le féminisme inclut tous les genres tels la femme, l’homme, l’androgyne, l’intersexuel, le fluide, le transgenre et autres genres définis.

Le féminisme est un mouvement qui existe depuis des décennies. Il a évolué comme notre société et est fortement rattaché à l’évolution socioculturelle. Dans notre société nord-américaine, il semble que le féminisme a laissé une trace négative qui rend les gens amers et fermés à comprendre son évolution jusqu’à aujourd’hui. Le féminisme, ce n’est pas un groupe de femmes révoltées qui font brûler leurs soutiens-gorges en exigeant le pouvoir absolu; ça, c’est de la misandrie! Bref, je peux comprendre que certains pensent encore que le féminisme est un mouvement qui exprime le mépris à l’égard de l’homme. Ce qui est totalement faux! Voilà pourquoi il est si important de rappeler que le féminisme, c’est l’égalité des genres et NON l’écrasement ou la haine de l’homme pour faire rayonner la femme.

Que penses-tu de l’émancipation sexuelle des femmes dans notre société versus l’image de la femme objet?

P. M. : Fondamentalement, l’hypersexualisation de la femme est une stratégie adoptée par une entité commerciale telle que les médias, les commerçants ou les célébrités dans le but de vendre ou d’en retirer un profit lucratif. C’est l’usage du corps de la femme comme étant une tactique matérialiste (le fameux «money maker»). De l’autre côté, l’émancipation de la sexualité de la femme, c‘est la décision d’être maître de son corps et sa sexualité; c’est d’exiger que son corps et sa sexualité soient propres à soi, et que, sans exception, son corps et sa sexualité ne puissent être possédés par quelqu’un ou quelque chose. Sachant cette différence, est-ce qu’on peut dire qu’une jeune fille qui s’habille sexy est «femme-objet» ou émancipée? Le raisonnement est simple, est-ce que son vêtement est une tactique de séduction dans un but lucratif ou la liberté d’enfiler un joli vêtement, qui d’après elle, lui donne confiance et la rendent enthousiaste et audacieuse?

Plusieurs croient que l’hypersexualisation ou «l’image de la femme objet» est une notion contemporaine issue des médias ou de la pop-culture. En vérité, c’est une notion qui existe depuis des décennies. L’hypersexualisation a été fortement implantée dans les années 60 par les hippies, cette communauté populaire qui prônait la paix et l’amour, et qui encourageait l’esthétique unisexe. Pour en faire une histoire courte, l’hypersexualisation est un phénomène de société directement relié au consumérisme, à l’individualisme et à la démocratisation de la vie sexuelle. Comme le mentionne Mariette Julien dans son livre La mode hypersexualisée : «La mode hypersexualisée ne résulte ni d’un complot socio-économique ni de l’influence unique de quelques designers ou célébrités. Elle est issue de l’interaction entre les individus et le monde dans lequel ils évoluent». Aujourd’hui, la libération des femmes et leur émancipation sexuelle sont issues de l’hypersexualisation de notre société. Rappelons-nous qu’historiquement, c’est l’homme qui décidait ce que les femmes pouvaient montrer de leur corps. Aujourd’hui, la femme est maître de son corps. Elle décide de dévoiler son corps ou non et a la liberté de choisir ses partenaires sexuels. Maintenant, nous faisons face à une ligne mince qui différencie la femme-objet et la femme émancipée sexuellement.

Quels sont tes projets futurs?

P. M. : Une nouvelle série d’œuvres est en production. En plus des écussons, La Pimbêche lance des épinglettes féministes! J’ai trop hâte de dévoiler les nouveaux produits avec vous aujourd’hui même!

Procurez-vous sa nouvelle série d’œuvres ici

Suivez @La_pimbêche sur Instagram

Pour les gens de la région de l’Outaouais, les écussons sont aussi disponibles chez Choux Choux   98 Rue de l’Hôtel-de-Ville, Gatineau, QC J8X 2E6, Gatineau, Quebec J8X 2E6

Nos sections

Déguste
Explore
Exprime
Lâche prise
Entreprends

Recherche



Boutique

En ligne

À suivre...

À propos

Je souhaite grandir en même temps que mon projet. Un projet qui, vous verrez, prendra de l’expansion au fil du temps. C’est le début d’une grande aventure. Et j’ai envie que vous en fassiez partie.