12-04-2020
dans Exprime, Lâche prise

Ma quarantaine



Les deux premières semaines ont été désastreuses. J’ai été épargnée par les mesures prises par le gouvernement, mais même si elles ne me touchaient pas directement, ça m’a brisé le cœur de voir les gens autour de moi, tout près de moi, en subir les conséquences.

J’avais du mal à concevoir que cette crise venait de frapper mon pays alors que je le croyais inatteignable. Je prenais à la légère de la voir frapper ailleurs dans le monde à travers mon écran si peu de temps avant qu’elle se propage chez nous. En quelques jours, elle est devenue un moment historique, une période de nos vies qu’on n’oubliera jamais.

J’ai pleuré. J’ai angoissé. Je me suis saoulée la gueule. J’ai fait des choix douteux. J’ai trop Netflixé. J’ai trop lu ce qui se passait sur la toile et j’ai comparé ma situation d’isolation à celle des autres. Je me suis consolée en me disant que je n’étais pas du tout dans une position pour me plaindre. J’ai jugé des gens. J’ai manqué de jugement aussi.

J’ai pensé aux pires scénarios possibles et j’ai d’abord été peu informée pour ensuite l’être trop. Je me suis sentie impuissante, mais en même temps tellement connectée avec l’ensemble de la planète. J’ai trouvé ça beau de voir le monde entier s’unir et s’entraider. Et je me suis dit : The world needed a break anyway!

La troisième semaine a été la phase d’acceptation, mais aussi celle de la perte de ma liberté, la coupure de mes ailes et le fait de devoir taire le petit animal social en moi. Je me suis sentie loin de mon monde, j’aurais tout donné pour un souper entre amies ou une randonnée dans notre beau grand parc fermé. J’ai trouvé d’autres moyens d’organiser des 5 à 7 et de communiquer. J’ai appris à connaitre et à apprécier davantage mes collègues de travail en direct de nos réunions virtuelles.

J’ai eu une crise de panique lorsque j’ai réalisé que je ne pourrais plus voyager avant un maudit bout de temps. Je me suis trouvée conne d’avoir tenu pour acquises tellement de choses. J’avais envie d’encourager toutes les entreprises locales, mais je me sentais poche de ne pas avoir les moyens de le faire pour tout le monde. J’ai eu le cœur gros souvent pour les gens au front sans pouvoir rien faire pour les aider.

C’est également pendant cette troisième semaine que j’ai dû devoir accepter que, pour la première fois, le célibat et la solitude que j’apprécie habituellement n’avaient plus les mêmes avantages. J’avais envie de me coller, de faire l’amour et non de baiser. J’avais envie de gros love, de chaleur humaine, tsé! Je vivais une montagne russe d’émotions tout en retrouvant tranquillement l’essentiel.

En même temps, je me suis sentie énormément reconnaissante de vivre la crise dans le meilleur scénario possible. J’ai réalisé la chance que j’avais d’être exactement où je devais être au moment où le monde s’écroulait, au moment où la vie telle qu’on la connaissait devenait soudainement un univers si lointain. Je me suis sentie fière d’être Canadienne, mais surtout fière d’être Québécoise. Je me suis aussi dit que je n’avais aucun contrôle, je ne devais qu’accepter.

Un peu moins d’un mois a passé. J’ai compris. J’ai choisi de voir tout ça comme un cadeau. J’ai décidé que la quarantaine allait être une opportunité d’être Vanessa Rivers 2.0. Je me suis disciplinée. J’ai téléchargé une application pour apprendre l’espagnol. J’ai lu tous les bouquins qui trainaient dans ma bibliothèque. J’ai découvert les meilleurs artistes possibles. Je me suis procurée une guitare. J’ai appris quelques partitions. J’ai écrit. Je me suis informée sur la bourse. J’ai pris le temps de prendre le temps.

J’ai couru comme jamais auparavant. J’ai pris mon vélo en saluant tous les gens de mon quartier (à deux mètres de distance, bien évidemment). J’ai réalisé que c’était possible d’avoir un gym dans le salon de mon 4 et demie. J’ai cuisiné comme une reine que des bonnes choses pour ma santé. J’ai médité. Je me suis étirée et j’ai pratiqué le yoga. J’ai respiré.

J’ai cessé de consommer de l’alcool pour une période indéterminée. Je me suis sentie en forme et belle. J’ai dansé dans mon salon juste pour le fun de danser. Je me suis parfois sentie coupable de vivre des moments de bonheur en plein cœur d’une pandémie mondiale, mais je me suis rassurée en me disant que je ne devais pas être la seule.

J’ai échangé virtuellement avec des gens que je ne connaissais pas avant. J’ai utilisé TINDER pour autre chose que du Netflix&Chill. Je me suis inspirée de mes nouveaux contacts. Il y a eu échanges de musiques, de balados, de documentaires, de films ou d’exercices à faire plutôt que d’échanges de fluides. J’ai trouvé ça beau, ça aussi. De voir que la crise rapprochait les célibataires autrement.

J’ai rédigé ce texte au passé parce que, comme vous, j’ai hâte que tout ça soit derrière nous. Il y a un peu plus d’un mois et on parle encore de la COVID-19 un peu partout. Le monde extérieur, le gouvernement et les autorités me glacent le sang comme un vieux film de guerre. La crise économique mondiale frappe à nos portes, tout comme la maladie ou même la mort. Sauf que le soleil est là et Vanessa version améliorée aussi… Et c’est elle qui me tient aller!

La crise actuelle est une opportunité de pimper notre réalité telle qu’on la connaissait et d’en retirer des aspects positifs. C’est l’occasion de devenir des humains reconnaissants et moins individualistes. Des individus qui apprécient la chance qu’ils ont d’être ici. Une société plus profonde et moins en surface qui voit maintenant la vie d’un œil différent pour ainsi apprendre à redéfinir ce qui importe vraiment.

 

 

 

 

 

 

 

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Je souhaite grandir en même temps que mon projet. Un projet qui, vous verrez, prendra de l’expansion au fil du temps. C’est le début d’une grande aventure. Et j’ai envie que vous en fassiez partie.