25-03-2021
dans Exprime, Lâche prise

Vivre dans le déni



20h00. Montréal. Il faut que je rentre avant le couvre-feu. L’air goûte le miel pis le soleil vient à peine de commencer à me réchauffer l’âme à travers mes pores de peau. Je ferme les yeux, je souris. Je souris à n’importe qui dans la rue. Allô? Ça te tentes-tu de socialiser?
Je porte des vêtements définitivement trop légers pour ce temps-ci de l’année, mais j’men crisse. Je vis dans le déni. Le déni de ce qui vient de se passer pis de ce qui se passe encore. Je suis aseptisée jusqu’aux coudes pis je vis des émotions contradictoires par l’incohérence entre ce qu’on me dit de faire et de ne pas faire. J’ai juste hâte hâte au moment où mes réflexes de liberté ne seront plus perçus comme un danger mortel.
J’ai une soif de vivre encore plus grande qu’avant la crise. Une voix criante qui veut parler fort, mais qui est anéantie par quelqu’un qui tousse illégalement. J’ai envie que mes cheveux sentent le feu de camp pis de serrer des inconnus dans mes bras parce que j’ai bu trop de Sauvignon blanc. J’ai envie de me laisser bercer par le courant et de me sentir libre comme le vent. J’ai le profond désir d’oublier ce que Karen ou Michaël ont commenté sous une publication de TVA Nouvelles et de fermer mes yeux sur la portion de journalisme poubelle avec les gros titres qui tentent de diviser le peuple en deux ou pire, les gens qui « font leurs recherches » et savent tout. J’ai envie qu’on arrête de dénoncer son voisin pis qu’on recommence à s’aimer.
J’ai envie qu’on se regarde dans les yeux, mais qu’on puisse sourire avec nos dents en même temps. J’aimerais que tous les débats sociaux qui refont surface comme une vieille toilette bouchée puissent permettre des échanges constructifs et éducatifs plutôt que des conversations à sens unique de haine par la haine. J’aimerais qu’on puisse se tenir par la main d’un bout à l’autre du globe pis faire preuve d’indulgence, de se mettre dans les souliers des autres, même dans l’incertitude et dans la divergence d’opinions.
J’aimerais ça qu’on arrête de dire « ouin, mais j’suis pas à plaindre malgré tout dans la situation actuelle! ». Ben non, c’est sûr! Sauf que tes émotions sont légitimes. J’aimerais ça que l’anxiété, les problèmes de santé mentale, la dépression pis le suicide ne soient plus des sujets tabous et qu’on puisse en parler autant qu’on parle de la pandémie.
J’aimerais ça qu’on soit capables de ne pas être « socially awkward» au fur et à mesure que les mesures vont disparaître. Et qu’on recommence à explorer, ne serait-ce que pour se remémorer c’est quoi l’ouverture d’esprit.
Bref, j’aimerais ça que la chaleur humaine arrive en même temps que l’été pis que mon feu de camp entre amies. D’ici là, je continue d’espérer et j’vis dans le déni!

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Je souhaite grandir en même temps que mon projet. Un projet qui, vous verrez, prendra de l’expansion au fil du temps. C’est le début d’une grande aventure. Et j’ai envie que vous en fassiez partie.